Acné sévère-teen'acte-pressemedicale
L’acné sévère de l’adolescent était l’objet d’une rencontre tenue ce jeudi 19 avril 2018 à Alger, qui rentre dans le cadre du projet Teen’act initié par les laboratoire Pierre Fabre Algérie. Différents spécialistes ont apporté un éclairage sur cette affection si commune et si complexe et surtout sur sa prise en charge qui doit qui doit se faire dans une approche multidisciplinaire. Le Pr A. Ammar-Khodja (Dermatologue, CHU Mustapha, Alger) a affirmé que les spécialistes comprennent mieux aujourd’hui les mécanismes physiopathologiques de l’acné, mais sa prise en charge demeure incomplète en l’absence d’une prise en compte des différents aspects de cette maladie. Le Pr A. Ammar-Khodja a ajouté qu’il existe au cours de l’acné sévère, un aspect psychiatrique qui demeure ignoré par les thérapeutes. L’acné grave, liée à une insatisfaction corporelle, engendre des comportements psychosociaux plus ou moins sérieux allant jusqu’à la dépression. Celle ci peut apparaître avant ou après traitement dans des circonstances différentes. Ces réactions ne sont pas faciles à élucider et seul un psychiatre est à même de démêler cet écheveau, selon toujours le même orateur qui, par ailleurs, insiste sur la vigilance du thérapeute qui doit être alertée par des symptômes rapportés par le patient, car après le traitement peuvent se voir : tristesse, irritabilité, troubles de la concentration, perte de l’appétit, dépression, perte de toute motivation ou bien encore un isolement.
Pour sa part le Pr M. Tabti (Pédopsychiatre, EHS Mahfoud Boucebci Chéraga, Alger) dira que l’adolescence est marquée par deux phénomènes : le premier est biologique, caractérisé par la survenue de la puberté avec la transformation sexuée du corps ; le deuxième est un phénomène social qui se traduit par le temps du passage vers le statut d’adulte et donc marquée traditionnellement par des rites initiatiques qui ponctuent les changements dans les rôles sociaux. Cette double modification, physique et sociale, nécessite que l’individu et son entourage familial fournissent un intense travail psychologique. Pour le pédopsychiatre, l’acné qui n’est pas une maladie psychosomatique, reste très difficile à vivre à cause de l’âge du patient et de sa personnalité en construction, de l’expérimentation des premiers émois amoureux et aussi parce que l’acné touche le visage, donc impossible à dissimuler, elle affecte directement l’image du soi et les relations avec les autres et puis elle provoque des sentiments négatifs : honte, manque de confiance en soi, laideur etc. Le Pr M. TABTI affirme que plus de 50% des adolescents assument très mal leur acné, que la souffrance psychologique n’est pas liée à la gravité objective de l’acné, quelques boutons sont parfois mal vécus que des atteintes beaucoup plus sévère et enfin que le malaise peut conduire à de véritables dépressions et ne doit pas être négligé. Par ailleurs l’orateur ajoute que les troubles de l’humeur à type de plainte corporelle sont fréquents à l’adolescence et, face à ce corps en transformation, l’acné peut être prise pour cible. Il est donc important de repérer la présence de troubles dépressifs, voire de les traiter s’ils sont persistants, car ils altèrent l’image de soi et influent sur le désir du « soin de soi».
Sur le plan hormonal, l’acné est liée à l’activité des androgènes transformés. Leur liaison à un récepteur cytosolique entraîne leur pénétration intracellulaire avec une hyperproduction de séborrhée qui est l’un des mécanismes de la formation du comédon, par voie de conséquence l’action anti androgène est indispensable chez la femme, ci-pourquoi le Pr Z. Sadi (gynécologue au CHU Mustapha d’Alger) dira que la prescription des anti androgènes ne doit pas être banalisée et relève d’un avis autorisé. La même oratrice insiste sur trois points importants, en premier c’est d’établir un éventuel diagnostic étiologique : s’assurer de l’absence de pathologies tumorales ou fonctionnelle ovarienne ou surrénalienne ; en second lieu, le traitement spécifique de l’acné sévère doit tenir compte des recommandations actuelles et enfin, avant de prescrire un traitement œstroprogestatifs, se soumettre aux règles de prescription pour ne pas méconnaître un éventuel risque.
Pour sa part, le Dr Naïli Tahar, nutritionniste et secrétaire général de la Société algérienne de nutrition et de médecine orthomoléculaire affirme que la relation entre l’acné et l’alimentation est démontrée. A ce sujet il dira que depuis 2007, un rapport de l’académie américaine de dermatologie (AAD) a réévalué les liens existants entre acné et nutrition. En 2013 des preuves pratiques sont venues conforté cette hypothèse, par contre l’algorithme de la SFD dans sa mise à jour 2015 ne fait pas de lien alimentaire. Enfin des études interventionnelles sont déjà en cours afin d’évaluer les produits laitiers et les sucres. A la question de savoir si l'alimentation moderne a une responsabilité dans l'apparition de l'acné, il dira que les arguments épidémiologiques sont très convaincants : en Occident, l'acné touche 80 % à 90 % des adolescents, par contre, les Indiens Aché du Paraguay ou les habitants de l'île de Kitava, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'acné n'existe pas. La même observation a été faite chez les Inuits.
En conclusion, les orateurs insistent sur l’approche du traitement qui doit être revue, en tenant compte des aspects psychiatrique, hormonal et diététique et surtout ne pas oublier d’écouter le patient qui peut avertir sur la gravité des effets secondaires. LPM
Synthèse : Dr A. Salah Laouar
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Le 24 avr 2018 par A.S.L.

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