Professeur Eric Rondeau
La Presse Médicale : L’insuffisance rénale chronique est-elle une pathologie fréquente  en France ?
Pr Eric Rondeau : Tout à fait, l’insuffisance rénale chronique (IRC) est aussi fréquente que grave. Elle entraine la mort précocement alors même que le patient est en réanimation en milieu hospitalier. Cette pathologie est observée dans des populations fragiles à la fois dans les pays nantis et ceux en développement. 
 
Quel est le taux de mortalité liée à cette pathologie ?
La mortalité est élevée et touche environ 60% des patients dialysés. Ils s’agit des malades qui sont plus âgés, souffrant de poly-pathologies et donc sont plus fragiles, en plus, les techniques de prise en charge sont devenues plus lourdes, on opère plus souvent ces malades et on utilise des produits qui sont plus toxiques. 
 
Quelles sont justement les avancées en matière de prise en charge de cette pathologie ?    
Evidemment, la recherche se fait dans le domaine des maladies rénales et beaucoup d’avancées sont réalisées. D’ailleurs, dans ce cadre, j’ai saisi l’occasion de la tenue de ce congrès annuel de néphrologie à Alger, pour présenter les résultats des travaux effectués dans mon service, relatifs au mécanisme de toxicité rénale des antibiotiques à savoir la vancomycine. Ce dernier est anti-staphylococcique très utilisé contre les maladies infectieuses car il est très efficace, mais malheureusement il génère une insuffisance rénale aiguë. A la lumière des résultats de nos travaux, nous avons mieux compris le mécanisme de sa toxicité et on espère aussi trouver des solutions pour empêcher la toxicité de ce médicament. Par ailleurs, un autre problème se pose quant à la prise en charge de l’IRC, il s’agit de savoir à quel moment faut-il dialyser ? Cette question est très importante par ce qu’il y a une controverse à ce sujet. Certains pensent qu’il faut agir vite, d’autres pensent le contraire. Des études montrent qu’en retardant la dialyse, un patient sur deux va guérir spontanément avec des médicaments qui lui sont administrés, récupérant ainsi sa fonction rénale ; ceci reste une piste à explorer. Toujours est-il qu’à un moment donné, on pensait qu’un sujet atteint d’insuffisance rénale aiguë (IRA), soit il mourait soit il en échappait complètement guéri ; or ceci est faux, car même lorsque le patient est apparemment guéri, dans les 5 à 10 ans qui suivent, il développera une IRC du fait qu’il aura gardé une cicatrice dans les reins qui ont souffert d’une IRA, qui vont vieillir petit à petit et la dialyse sera alors nécessaire. C’est pourquoi il est important de mettre sous surveillance régulière les personnes qui ont fait un épisode d’IRA afin de leur éviter l’IRC.  
 
Peut-on identifier, a priori, les personnes susceptibles de guérir spontanément sans avoir donc recours à la dialyse ? 
Justement, c’est là où se pose le problème car on aurait bien aimé les identifier a priori, mais ils sont tous de gravité identique. En effet, au début lorsqu’on procède au tirage au sort, qui est le principe de la randomisation pour constituer deux groupes séparés, étant donné que la question qui se pose c’est de savoir s’il faut procéder à une dialyse immédiate ou retardée puisque les patients sont au même niveau de gravité ? Ce n’est qu’a posteriori qu’on pourra dire que tel malade avait besoin d’être dialysé ou pas. 
 
Aujourd’hui, on encourage la greffe rénale pour les IRC, que ce soit à partir d’un donneur vivant ou par prélèvement sur cadavre. Selon vous, qu’elle est la meilleure méthode ? 
A mon avis, l’essentiel c’est de greffer car il serait bien dommage de laisser le patient sous dialyse, cela diminuera sa durée de vie. Donc, quelle que soit la méthode, il faut encourager la transplantation. 
 
Dans le cas d’une insuffisance rénale aiguë, faut-il transplanter immédiatement ou bien attendre que le patient arrive au stade de l’IRC terminale ?
A ce niveau également les choses sont claires. Il est préférable de greffer avant que la dialyse ne soit impérative. En effet, lorsque le taux de créatine est élevé avec une insuffisance rénale en progression on doit, dans la mesure du possible, procéder à la greffe rénale préemptive. C’est vraiment la solution idéale lorsque les conditions sont réunies. 
 
Combien de greffes rénales sont réalisées chaque année en France et quels sont les principaux donneurs ?
En France, toutes méthodes confondues, nous réalisons environ 18.000 greffes annuellement et nous avons 4.500 à 5.000 patients qui sont en attente d’être greffés ; vous voyez donc qu’il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande. 
 
Quels sont les aspects les plus importants de la prévention pour les personnes à risques ?
Les maladies rénales sont souvent silencieuses et méconnues jusqu’à un stade avancé. Il existe des moyens préventifs pour les personnes à risques et les moyens préventifs dans des situations à risques. A l’heure actuelle, les efforts entrepris par les sociétés savantes internationales sont de bien identifier les populations à risques. Ceci étant, les personnes âgées sont une population à risque puisqu’ils souffrent généralement de maladies cardio-vasculaires, d’hypertension artérielle, de diabète, qui sont autant de terrains favorables pour développer une insuffisance rénale. Aussi, la déshydratation est un facteur de risque que ce soit chez la personne âgée ou le nourrisson. Par ailleurs il faut éviter les produits néphro-toxiques comme certains antibiotiques.
 
► Interview réalisée par Ourida Lateb & Dr A. Salah Laouar
 
 
IRC
IRA
0 Commentaires
Le 2 juin 2018 par A.S.L.

Lire aussi...