Pr Achour Abdelatif
La Presse Médicale : Où en est-on en Tunisie quant à la prise en charge des insuffisants rénaux ?
Pr Achour Abdelatif : La prise en charge des soins en direction des insuffisants rénaux en Tunisie est totale et gratuite quels que soient leur âge et leur niveau de revenu. Cette prise en charge englobe les examens complémentaires, les soins dispensés, le suivi médical et la surveillance après le traitement, et ce depuis une trentaine d’années. Il est à noter que cette avancée a été rendue possible grâce au pionnier dans le domaine à savoir le Professeur Hassouna Ben Ayad.
 
Qu’en est-il de la prévention ?
La prévention n’est malheureusement pas inscrite dans notre culture ; il n’y a pas encore de programme national de prévention, car nous rencontrons des difficultés d’approche par rapport à la stratégie à mettre en place. Néanmoins, dès qu’un malade se présente dans une structure de santé et après diagnostic, il est aussitôt orienté vers un service spécialisé, afin de recevoir les soins idoines.
 
La couverture sanitaire en la matière est-elle suffisante ?
En termes de structures, nous disposons de sept centres hospitalo-universitaires, plus l’hôpital militaire. Quant au personnel spécialisé, nous formons suffisamment de médecins qui bénéficient régulièrement de formation médicale continue pour qu’ils reçoivent les dernières mises à jour scientifiques et qui participent également, aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger, à des séminaires pour échanger leurs expériences avec leurs homologues dans le domaine de la néphrologie.
 
Quelles sont l’incidence et la prévalence de la maladie rénale chronique dans votre pays ?
Nous enregistrons entre 1 200 à 1 300 nouveaux cas par an au stade d’insuffisance rénale terminale et qui sont soumis alors au traitement d’épuration.
Quels sont les traitements des patients lorsqu’ils sont au stade d’insuffisance rénale terminale ?
Il y a deux traitements d’épuration à savoir l’hémodialyse et la dialyse pérotinienne ; la première est dispensée par 100 centres, publics et privés. Concernant la dialyse péritonéale, les centres qui lui sont dédiés sont au nombre de 300, ce sont des petits centres régionaux. Cependant, ces méthodes ne sont pas la solution idéale surtout pour les jeunes patients en attente de greffe. A cet effet, sur un total de 9.500 dialysés le tiers devrait être greffés.
 
Vous disposez de combien de centres dédiés à la transplantation d’organes ?
Nous disposons, à cet effet, de centres repartis comme suit : 3 à Tunis et 3 autres à Sousse, Sfax, et Monastir. A un moment donné, nous réalisions, tant bien que mal, 120 à 130 greffes/an, mais les événements qu’a connu la Tunisie, communément appelés la « révolution du jasmin », ont un peu freiné cet élan. Ces greffes ont été réalisées à partir de donneurs vivants apparentés dans 95% des cas et dans 5% sur cadavre. Malgré les difficultés, la première greffe combinée foie et rein à partir d’un donneur vivant, dans la région MENA, a été réalisée en Tunisie. Cette opération s’est déroulée avec succès le 4 mai 2016 et aussi bien, les donneurs que le receveur se portent bien. Il s’agit, en effet, de deux sœurs qui l’une a donné un rein et l’autre une petite partie de son foie à leur frère qui souffrait d’une maladie héréditaire grave.
 
Qu’est ce qui fait que la greffe à partir d’un individu en état de mort encéphalique ne représente que les 5% du total des greffes ?
Nous avons en Tunisie plus de 1 500 accidentés de la route par année, qui sont des sujets jeunes en majorité, âgés entre 20 et 30 ans. L’obstacle à cette pratique est d’ordre émotionnel. Il est, en effet, difficile d’annoncer aux parents le décès de leur enfant et demander, en même temps, leur accord pour prélever les organes sur son cadavre, alors qu’ils s’attendent à ce que leur enfant survive. Malgré la mise en place par le gouvernement d’un centre national de promotion de don d’organes et l’existence d’une bonne coordination entre praticiens, afin de sensibiliser la population sur le bien fondé de cette pratique, d’autant plus que la religion ne s’y oppose pas, les résultats ne suivent pas.
 

► Interview réalisée par Ourida Lateb

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Le 2 juin 2018 par A.S.L.

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