Danièle Minne épouse Amrane
Née à Neuilly-sur-Seine (France) le 13 août 1939, à quelques jours du déclenchement de la seconde guerre mondiale, Danièle Minne a connu dès l’enfance la faim, les privations de la guerre 39-45, la maladie (la primo-infection tuberculeuse) et l’absence d’un père engagé dans la résistance française.
Au sortir de la guerre, son père Pierre décide de s’exiler de cette terre pour laquelle il s’est battu. Après un passage tumultueux au Sénégal d’où il est expulsé à cause de son militantisme anticolonial, la petite famille s’installe en Algérie en 1947.
Alors âgée de huit ans, Danièle découvre une Algérie d’injustice et de misère. Son père est professeur de philosophie tandis que sa mère Jacqueline est institutrice dans la campagne tlemcénienne et cette immersion dans le monde rural colonial, fait de l’exploitation et de l’aliénation d’un peuple, les plonge tous dans la révolte. Sa mère, Jacqueline s’engage dans la lutte auprès de celui qui sera son second époux, Abdelkader Guerroudj. Ce militant communiste, l’un des responsables des Combattants de la Libération rallié plus tard au FLN, sera condamné à mort avec Jacqueline devenue son épouse et Taleb Abderrahmane, l’artificier du groupe. Le couple sera gracié tandis que Taleb est exécuté.
Danièle Minne quant à elle, rejoint, à l’âge de seize ans à peine, la lutte sous le nom de guerre de Djamila. Elle intègre, en pleine bataille d’Alger le groupe de Mohand Arezki Bennaceur (dit Toufik). Chargé de l’intégration des militants du PCA au sein du FLN, Toufik la prend sous son aile. Il l’héberge à la Casbah et la forme. Après quelques actions de sabotage et des transports de documents et d’armes, elle est chargée, avec Zahia Khalfallah, de poser une bombe dans le café l’Otomatic, le 26 janvier 1957. L’explosion fait des blessés.
Elle est dés lors activement recherchée. Mohand Arezki Bennaceur charge des membres de sa famille de la faire monter au maquis au plus vite. Elle arrive en Wilaya III (Zone 2) et se trouve de nouveau au contact de populations rurales meurtries et dépossédées. Elle ne sait pas qu’au même moment Mohand Arezki Bennaceur est arrêté et torturé à mort.
S’ensuivent pour elle de longs mois de marches épuisantes, de fuite, de ratissages, de bombardements et leurs lots de victimes. Elle en a gardé de profonds traumatismes jusqu’à la fin de sa vie. Elle est formée à sa nouvelle fonction d’aide soignante et tente, avec son équipe, d’apporter aux populations les soins nécessaires. Elle épouse, au maquis, Khelil Amrane, dit Si Ali, étudiant en fin de cursus de chirurgie dentaire, responsable sanitaire en zone 2 qui décédera lors d’un accrochage le 6 novembre 1961, à 4 mois du cessez-le-feu du 19 mars 1962. Mais le durcissement des conditions de vie dans les maquis kabyles après la mise en place des zones interdites et le déclenchement des grandes opérations militaires motivent la décision du Colonel Amirouche d’évacuer femmes et étudiants vers la Tunisie.
En novembre 1957, lors du tragique trajet qui les conduit vers la frontière, elle est arrêtée avec Nefissa Hamoud, Mustapha Laliam son époux, Tahar Mébarki et Louisa Attouch tandis que seront exécutés Raymonde Peschard, le docteur Rachid Belhocine, Arezki Oukmanou, Si Moh et sept djounoud.
Elle est condamnée à 7 ans de prison, incarcérée à Alger puis dans plusieurs prisons françaises. A la prison de Pau où elle retrouve de nombreuses militantes algériennes, elle reprend ses études par correspondance, obtient son baccalauréat, entame une première année de faculté et grâce à la solidarité des autres prisonnières politiques et au système d’entraide et d’échange de cours mis en place, elle perfectionne son arabe.
Elle est libérée en Avril 1962 en même temps que sa mère et rentre en Algérie où elle reprend ses études. Elle se remarie en juillet 1964 et aura un garçon et deux filles.
Son parcours universitaire se poursuit à la Faculté d’Alger après l’indépendance et la mène à l’obtention du titre de professeure grâce à la soutenance d’une thèse de doctorat d’Etat en 1988 sur la participation des femmes dans les luttes pour l’indépendance de l’Algérie. «Dans une guerre de libération nationale, les femmes sont face à une situation ou elles peuvent agir, et effectivement elles agissent. Nombreuses sont celles qui n’ont pas été reconnues comme moudjahidates, mais qui ont eu des actes de militantisme exceptionnels…» dit-elle dans une interview accordée à Cécile Arfi. Ainsi, Elle a su faire d’un pan d’histoire individuelle un objet d’étude scientifique et rendre ainsi hommage à toutes celles, anonymes ou pas, qui ont participé à l’écriture de l’Histoire de notre pays.
Amina Amrane
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Le 10 juin 2018 par A.S.L.

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