Interview Avec le Professeur Abdemadjid Snouber

Professeur et chef de service de pneumologie Chu d’Oran, doyen de la faculté de médecine d’Oran.

Propos recueillis par Ourida Lateb

 

Quelle est la problématique de la tuberculose dans le monde en général et en Algérie en particulier?

Pr A. Snouber : La problématique de la tuberculose dans le monde est liée à une morbidité séculaire puisque cette pathologie sévissait déjà depuis longtemps et elle persiste encore puisque selon l’Organisation mondiale de la santé la tuberculose tue environ 1,5 million de personnes chaque année, en plus de son impact négatif au niveau socio-économique d’autant plus que nous faisons face, aujourd’hui, à une tuberculose ultra-résistante. Ce qui constitue donc un véritable problème de santé publique. En Algérie, bien que nous ayons un programme national avant-gardiste de lutte contre cette maladie grâce, entre autres, aux grands pneumologues dont feu le professeur Pierre Chaulet, fondateur du Programme national de lutte contre la tuberculose, auquel je rends, ici, un vibrant hommage, cependant les résultats obtenus demeurent insuffisants car la lutte anti-tuberculose ne relève pas uniquement de l’expertise médicale, mais surtout et également de mesures à prendre en amont c'est-à-dire éliminer les facteurs socio-économiques engendrant cette pathologie.

 

A cet effet, quels sont les axes de réflexion sur le plan socio-économique de la lutte en l’occurrence?

Effectivement, l’optimisation de l’action médicale se forge à partir de l’amélioration de la couverture sanitaire c'est-à-dire l’accessibilité aux soins des plus démunis d’autant que la tuberculose est qualifiée de maladie des pauvres. D’ailleurs, une enquête effectuée à Oran et publiée dans la revue «Santé publique» a montré que 90% des cas de tuberculose ont été constatés au sein de populations vivant dans des habitats précaires. Aussi, il importe d’améliorer les conditions de vie de cette catégorie de population afin d’enrayer les causes de cette maladie.

 

Quelle est l’approche clinico-anthropologique pour optimiser la prise en charge du patient atteint de tuberculose?

Pour répondre à cette question pertinente, je dois dire que l’OMS s’est rendue compte assez tardivement, c'est-à-dire en 2009, qu’il fallait aborder la problématique par une approche médico-socioéconomique ; d’ailleurs c’est ce qui a été signifié par Mario Raviglione, directeur du département «Halte à la tuberculose» au niveau de l’OMS ; en effet, Mario Raviglione avait dit à Cancun «Moving beyond TB stop» en l’occurrence cela veut dire qu’il y a lieu d’agir, en plus de l’expertise médicale, sur les causes socio-économiques favorisant l’apparition de la tuberculose. Au demeurant, j’adhère à cette position d’autant plus que j’occupe également le poste de directeur d’unité de recherche en sciences sociales et santé c'est dire si je suis partisan de l’approche clinico-anthropologique. En tout état de cause, cette approche suppose que l’on doit améliorer l’accueil des patients au sein des structures de soins ne serait ce que par des formules de politesse ce qui les encouragera à s’y présenter à titre préventif également ; si c’est le cas on pourrait enrayer ainsi le phénomène de la contamination par cette maladie. Par ailleurs, il y a lieu de sensibiliser les familles et montrer beaucoup d’attention vis-à-vis de leurs malades, ceci permettra de les rassurer et favorisera ainsi leur guérison d’autant plus que le traitement est long. De plus c’est par une approche sociétale qu’il faut appréhender également la question c'est-à-dire faire participer l’ensemble de la société à la lutte contre la tuberculose en commençant bien entendu par un engagement du corps médical mais aussi impliquer les leaders d’opinion que sont les medias, les artistes, les sportifs etc.

OMS
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Le 6 juin 2017 par A.S.L.

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