La Presse Médicale : Quelles sont les raisons justifiant la mise en place d’un comité de prise en charge des tumeurs neuroendocrines ?

Pr Mohammed Oukkal : Les raisons sont très claires ; d’abord, il importe de préciser que ces tumeurs sont rares ; elles représentent 1% de tous les cancers digestifs, et un grand problème se pose quant à leur prise en charge. Chacun travaillait isolément et prenait en charge à sa manière ce type de tumeurs ; en plus, de nombreuses innovations diagnostiques et thérapeutiques sont apparues ces dernières années, et donc il fallait accorder nos violons avec tous les intervenants dans la prise en charge de ces tumeurs. Partant de là, on s’est dit que l’idéal serait de rassembler tout le monde dans le cadre d’un comité pour homogénéiser nos pratiques sur les plans diagnostic et thérapeutique.

La première réunion du comité a eu lieu le 10 juillet 2014. Quels spécialistes en ont fait partie ?

Au départ, le comité a vu le jour avec des chirurgiens, des oncologues médicaux, des radiologues, des pathologistes, des gastro-entérologues et des endocrinologues. Par la suite, d’autres spécialistes nous ont rejoints pour apporter leur savoir et leur expérience.

Quel est le mode de fonctionnement de ce comité ?

Comme il s’agit de tumeurs rares, le comité ne se réunit qu’une fois tous les 3 mois et ses activités sont managées par un coordinateur qui, un mois avant la réunion, invite ses confrères à soumettre par mail leurs cas cliniques sur des fiches et qui sont présentés par le coordinateur, d’abord aux anatomopathologistes. Ces derniers, constitués en sous-comité à part, se réunissent une semaine avant la réunion du comité pour compléter tous les éléments qui manquent sur les fiches, comme le grading, le staging, le typage, etc. et rédiger un compte rendu définitif par rapport à chaque cas clinique pour faciliter la décision thérapeutique. Cette première étape est très importante, car non seulement l’étude anatomopathologique est essentielle pour le diagnostic, mais c’est d’elle que dépendra la prise en charge thérapeutique. Le jour de la réunion plénière du comité, le médecin référent présente le cas à discuter aux experts, et les anatomopathologistes interviennent pour compléter les données récoltées auparavant, et à la fin, la prise de discision est collégiale. Aussi, ces réunions ont en plus un aspect pédagogique, puisque une conférence de 20 à 30 minutes est présentée au début de chaque réunion, et qui est dédiée chaque fois à un volet particulier, comme l’imagerie, l’anatomopathologie, le traitement médical ou chirurgical etc., ce qui permettra d’actualiser les connaissances des membres du comité.

Quels sont les pathologistes qui participent à ce comité ?

Tous les anatomopathologistes de la région Centre du pays font partie de ce sous-comité, à savoir : CPMC, CHU Bab El Oued, CHU Beni-Messsous, CHU N’fissa Hamoud (ex-Parnet), CHU Douéra, CHU de Tizi Ouzou et CHU de Blida.

Peut-on connaître le nombre de cas discutés et traités par le comité à ce jour, et quels sont les résultats ?

Nous avons discuté de quelque 95 cas lors de 10 réunions. Parmi ces cas, on a constaté 2 fois plus de femmes que d’hommes, et 40% de ces tumeurs sont localisées au niveau de l’intestin grêle. Aussi, nous avons gagné dans la qualité de la prise en charge des patients, et à titre d’exemple, les rendez-vous sont donnés sur place par le médecin imageur, chirurgien ou autres. Donc, le patient est le premier gagnant de ce comité des tumeurs neuroendocrines.

Quelle est la différence entre une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) et un comité ?

y a effectivement une différence entre la RCP et le comité. La première a une thématique plus large puisqu’elle s’intéresse à plusieurs pathologies cancéreuses ; par exemple, nous avons une RCP en oncologie digestive qui regroupe les cancers du côlon, du rectum, de l’estomac, du pancréas etc. Par contre, le comité a une seule thématique bien précise, et son approche est plus «pointue», comme par exemple les tumeurs neuroendocrines. Sinon, le mode de fonctionnement est presque identique, hormis le fait que le comité se tient tous les 3 mois, et que la RCP se tient chaque semaine à cause du nombre de malades.

Avez-vous rencontré des insuffisances dans le fonctionnement de ce comité ?

Nous avons rencontré beaucoup d’insuffisances. Ce comité n’a pu exister et se pérenniser que grâce à la volonté de ses membres qui sont décidés à aller de l’avant, quitte à mettre la main à la poche et utiliser leurs propres moyens pour fonctionner. En effet, nous ne bénéficions d’aucune subvention pour le fonctionnement de notre comité, car à ce jour, nous utilisons nos propres équipements informatiques et nous payons l’abonnement internet sur nos deniers personnels.

Pour l’heure, que proposez-vous pour faciliter vos actions ?

Je propose que l’administration officialise notre comité, car pour le moment, nous agissons dans un cadre presque illégal. Il faut aussi le doter d’un budget qui pérenniserait son fonctionnement normal, c’est-à-dire la mise à disposition de moyens humains et matériels correspondant aux besoins de notre activité. Dès lors que notre comité sera institutionnalisé, nous agirons en toute légalité. Partant de là, toutes ces tumeurs neuroendocrines ne seront prises en charge que dans ce cadre adéquat, et hors de ce contexte, toute prise en charge serait considérée comme illégale.

Ceci dit, quelles sont vos perspectives en l’occurrence ?

Eh bien, il faut dire que nous sommes en attente de la mise en place des comités à l’Est, à l’Ouest et au Sud du pays, qui fonctionneront de la même façon que nous le faisons ou autrement, peu importe ; l’essentiel, c’est qu’ils procèdent de manière à ce qu’un registre national des tumeurs neuroendocrines soit élaboré grâce à un réseau permettant d’avoir l’information, à l’instar de ce qui se passe ailleurs, en France par exemple.

Avez-vous pensé à intégrer le médecin généraliste dans ce comité ?

sûr, et notre comité est ouvert à toutes les compétences en la matière et toutes les personnes motivées et intéressées par le sujet sont les bienvenues, même si elles viennent d’autres horizons, comme le secteur libéral par exemple.

RCP
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Le 17 juil 2017 par A.S.L.

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