Docteur Mahdi Hocine-ims-www.pressemedicale.com
La Presse Médicale : Comment la production pharmaceutique a-t-elle évolué au cours de ces dix dernières années dans notre pays ?
Dr Hocine Mahdi : L’offre a bien progressé puisque de 20% de chiffres d’affaires on a atteint 45% et en volume nous sommes passés de 35% à 62%.
 
Quelle est précisément aujourd’hui la situation du marché du médicament en Algérie ?
Il faut dire que la situation se complique un peu car aujourd’hui 80 entrepreneurs se trouvent sur le marché national réalisant 45% de chiffre d’affaire et 151 nouveaux entrepreneurs arriveront incessamment ; la demande nationale sera alors largement satisfaite et le marché sera saturé ; dès lors, la solution à cette saturation sera forcément à trouver dans l’exportation sinon, un risque de ralentissement de la production serait fortement à craindre.
 
Est-il possible de pénétrer des marchés à l’étranger par les opérateurs nationaux ?
Cela est tout à fait possible pour peu qu’on revoit la réglementation actuelle relative à l’exportation. En effet, je ne comprends pas pourquoi qu’un pays comme la Jordanie exporte à hauteur de 370.000.000 de dollars et nous nous réalisons qu’un chiffre d’affaires dérisoire de 3.000.000 de dollars alors que nous avons des possibilités autrement plus grandes. La réglementation doit-être revue, pour devenir « agressif » commercialement parlant sur les marchés étrangers et particulièrement en Afrique. Par conséquent, la réglementation des changes doit évoluer pour permettre plus de facilités aux opérateurs et, à titre d’exemple, la part en devises provenant des ventes à l’exportation, qui doit être rapatriée, doit baisser pour permettre à l’opérateur de couvrir les frais de marketing à l’étranger. Maintenant, comme vous le savez, la concurrence sur les marchés extérieurs est féroce et l’Etat est donc appelé à aider du mieux qu’il peut les industriels qui veulent exporter. Il n’y a pas de raison pour que la Tunisie et le Maroc prennent des parts de marchée en Afrique alors que nous, nous restons à la traîne bien que l’Algérie sur le plan politique s’investit beaucoup dans des aides multiformes, preuve en est, l’effacement des créances détenues par l’Algérie sur certains pays africains et cela sans bénéficier de retombées économiques positives au profit de notre pays. En conséquence, une synergie d’action entre les ministères des Affaires Etrangères, du Commerce, des Finances et celui de la Santé devient impérative.
 
Donc vous êtes optimiste globalement ?
Oui, si nous encourageons entre autre l’investissement direct étranger. Certes, le marché algérien est important, mais pas illimité non plus ; ainsi pour qu’un étranger vienne en Algérie et investir dans une production à forte intensité, il faudrait le rassurer par rapport au retour sur l’investissement et justement le marché africain est une solution.
 
Selon-vous, ces conditions permettront d’atteindre quel taux de couverture des besoins nationaux en médicaments ?
A mon avis, la révision de la réglementation permettra d’atteindre une couverture du marché national de l’ordre de 90% et permettra également de pénétrer les marchés étrangers.
 
Compte tenu de l’évolution démographique d’une part et de la crise financière que connait notre pays d’autre part, est-ce que la couverture des besoins en matière de médicaments ne risque pas de devenir problématique ?
Pour éviter qu’on arrive à cette situation, il faudrait adopter une approche globale c’est-à-dire encourager l’offre locale, ce qui fera baisser automatiquement l’importation et, les économies réalisées ainsi seront utilisées pour aider à l’exportation ; cette approche permettra alors, à la fois, de régler le problème de l’investissement, avec la venue de futurs exportateurs dont je vous parlais, à l’instant, et obtenir également des recettes extérieures hors hydrocarbures, assurant ainsi une transition économique ; ceci est valable, bien entendu, pour les autres secteurs d’activités. En conséquence, nous devons aller de l’avant pour gagner la bataille de la croissance économique et ne plus dépendre de l’évolution des prix des hydrocarbures.
 
Dans les années à venir comment va s’opérer le financement du système de santé ?
Je ne suis pas vraiment spécialiste de la question, mais toujours est-il que l’Etat doit faire appel au secteur privé et imaginer aussi d’autres modes de financement au-delà de toute position dogmatique, comme cela se passe ailleurs dans le monde, d’autant que nous subissons les effets d’une crise économique, due notamment à la baisse des recettes extérieures, en raison de la chute du prix des hydrocarbures. A cet effet, un financement du système que par les cotisations versées à la CNAS n’est plus rentable.
 
Un mot pour conclure.
Je dirais pour conclure « à quelque chose malheur est bon ». Je pense qu’il faut profiter des effets de la crise actuelle « pour changer de fusil d’épaule» et rebondir en encourageant encore une fois l’exportation étant entendu que le commerce extérieur est une variable décisive dans la croissance économique des nations.
 
* Dr Hocine Mahdi, est Directeur Général d’Industry Medical Service (IMS HEALTH Algeria)

 

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Le 11 oct 2017 par La Presse Médicale

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