Dr Pierre Bataille
La Presse Médicale : Pourriez-vous nous parler de votre expérience dans la prise en charge de l’anémie due à l’insuffisance rénale ?
Dr Pierre Bataille : Dans mon service, nous traitons environ 160 patients par érythropoïétine (EPO). Notre stratégie consiste en utilisation des EPO d'action prolongée telle que la darbépoïétine par voie sous-cutanée pour les patients en insuffisance rénale chronique (IRC) avant la dialyse et lors de la dialyse péritonéale. En dialyse, on fait une injection hebdomadaire d'une EPO d'action prolongée par voie intraveineuse. La cible à atteindre est un taux d'hémoglobine (Hb) de 11,5 g/dL, ensuite adaptation par palier de 25%. On arrêtera l'EPO lorsque le taux d'Hb en pré-dialyse sera égal ou supérieure à 13 g/dL. Le problème majeur est représenté par la résistance à l'EPO lorsqu'il existe un syndrome inflammatoire, dans ce cas, il faut trouver la cause et éviter de donner des doses d'EPO trop élevées, qui sont probablement dangereuses à cause du risque de survenue de l’hypertension artérielle et des complications thromboemboliques tels que l’accident vasculaire cérébral etc.
 
A votre avis quelles seront les prochaines avancées en matière de prise en charge de cette affection ?
Les progrès attendus concernent un groupe de peptides qui sont actuellement en développement en phase 2. Il s'agit des stabilisateurs de l’HIF (Hypoxia Inducible Factors). Ce facteur qui est libéré par le rein stimule l'érythropoïèse en activant le gène de l'EPO. Il semble donc qu’il est plus physiologique. L'intérêt majeur c’est son utilisation par voie orale et son efficacité qui persiste même s'il existe un syndrome inflammatoire. En effet, l’HIF permet de mobiliser le fer capté dans le système réticulo-endothélial lorsqu'il existe une inflammation, ainsi ce fer peut être utilisé pour l'érythropoïèse. Mais, il reste à résoudre un problème car l'HIF peut stimuler plus de 100 gènes en même temps et son action ne semble pas donc trop spécifique. Du ce fait, on pourrait craindre un risque carcinologique ou de prolifération vasculaire. C'est l'intérêt des études de phase 3 qui vont débuter prochainement pour les 5 produits qui ont franchi les études de phase 2.
 
► Interview réalisée par A.B LPM
IRC
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Le 2 juin 2018 par A.S.L.

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