Quel est l’impact de l’éducation thérapeutique sur le diabète de type 2 ? Dr N Lanasri-www.pressemedicale.com
L’éducation thérapeutique des patients (ETP) est devenue incontournable dans la prise en charge du patient diabétique en raison de ses effets très positifs sur l’équilibre glycémique et la qualité de vie. Dans notre pays les pratiques son hétérogènes et disparates et nous manquons de données, quel serait l’impact d’une éducation thérapeutique structurée et bien conduite dans notre population ?
C’est la question à laquelle a essayé de répondre docteur N. Lanasri du service de médecine interne de Ain Taya le 4 octobre passé, à la faculté de médecine d'Alger (Mohamed Maherzi ex Laperrine) à Alger, à l’occasion de la soutenance de sa thèse de DEMS* intitulée « Education thérapeutique : contribution à une meilleure prise en charge du diabète de type 2 ».
L’objectif de cette étude était de comparer l’impact de deux méthodes d’ETP de groupe en hôpital de semaine versus en ambulatoire sur les aspects biocliniques et comportementaux, dans un échantillon de la population diabétique algérienne.
Il s’agit d’un essai randomisé prospectif et contrôlé, comparant deux méthodes structurées d’éducation thérapeutique. Ont été inclus dans cette étude les sujets adultes (> 18 ans), diabétiques de type 2, n’ayant jamais bénéficiés d’éducation thérapeutique auparavant. Ils sont randomisés en 2 groupes : le premier groupe a reçu un programme d’ETP en groupe en hôpital de semaine et le deuxième groupe a reçu un programme d’ETP en groupe en ambulatoire. Les réponses objectives ont été évaluées selon des critères pédagogiques, psycho-sociaux et biocliniques grâce à des questionnaires proposés avant l’action d’ETP et à 3 et 12 mois de celle-ci.
Au total, 200 patients ont été inclus dans cette étude, parmi lesquels 97 patients dans le groupe ambulatoire (AMB) et 103 dans le groupe hospitalisation de semaine (HDS), leur âge moyen était de 57,7 ans, avec des extrêmes de 24 à 84 ans, et un sex-ratio de 51,5% de femmes pour 48,7% d’hommes. La majorité de ces patients ont un niveau socio-économique bas, 41% sont analphabètes, 40,8% n’ont pas d’activité professionnelle, mais 83% bénéficient de la sécurité sociale. L’âge moyen de nos patients au moment du diagnostic est de 49,2 ans, l’ancienneté moyenne du diabète est de 6,5 ans, les nouveaux diabétiques sont majoritaires dans cette étude et 29% ont un diabète depuis plus de 10 ans, 95,2% sont traités par antidiabétiques oraux (ADO) et 24,3% sont insulinés.
Concernant les autres facteurs de risque cardio-vasculaires, une HTA était retrouvée chez 57% des patients, et 64,5% présentaient une obésité abdominale, 74,5% une dyslipidémie et 34,5% sont tabagiques. Par la suite les auteurs ont procédé à un travail longitudinal d’évaluation de l’effet de chacune des 2 méthodes à 3 et à 12 mois et à un travail transversal de comparaison des 2 méthodes entre-elles également à 3 et 12 mois. La randomisation a permet d’obtenir 2 groupes assez homogènes pour la majorité des paramètres étudiés.
 
Quels sont les résultats de cette étude ?
Les 2 méthodes d’ETP se sont montrées très efficaces sur quasiment tous les paramètres étudiés : baisse de l’HbA1c de 2,1%, de la PAS de 12,6 mm Hg et de la PAD de 7,9 mm Hg, baisse du BMI de 0.8 kg/m2, du tour de taille de 4 cm, du cholestérol de 1.16 g/l, des triglycérides de 0.23 g/l, du LDL de 0.15g/l et ce de façon très significative (p< 0,001) d’abord à 3 mois des séances d’ETP et les résultats se maintiennent à 12 mois. L’ETP a montré également un important impact sur les connaissances des patients (concernant leur maladie, leurs traitements, la diététique et l’activité physique, les soins du pied et l’auto-surveillance glycémique), sur le changement des attitudes et des comportements, sur la satisfaction vis-à-vis du traitement et enfin sur la qualité de vie. La méthode d’ETP ambulatoire a montré sa supériorité sur la méthode en hospitalisation de semaine sur bien des paramètres et allie donc efficacité et efficience, vu son moindre coût.
Certes de nombreuses études ont déjà démontré l’efficacité de l’ETP sur l’auto-prise en charge du diabète, mais elles sont souvent critiquées sur leur méthodologie, l’avantage de cette étude est d’être randomisée et contrôlée, avec un échantillon conséquent, une durée de suivi raisonnable, comparant 2 méthodes d’ETP basées sur un programme structuré. La démarche éducative a été largement acceptée et saluée par les patients ce qui explique les bons résultats obtenus qui sont également le fait d’une équipe jeune, dynamique, motivée et toujours à l’écoute. Cette nouvelle discipline est à encourager et à promouvoir pour le plus grand bien de patients algériens.
 
Que peut-on dire en conclusion
L’éducation thérapeutique des diabétiques est également efficace dans population algérienne avec toutes ses particularités moyennant un programme structuré, une méthodologie rigoureuse, ce qui devrait encourager la mise en place d’actions éducatives à tous les niveaux de la prise en charge diabétologique. LPM.
 
Thèse de DESM
Dr N. Lanasri-Hachour
Directeur de thèse : Pr. Ahmed Biad
Jury : Pr. Ahcene Chibane, Pr. S. Zekri, Pr. Fayçal Bouali 

Dr Lanasri-Hachour a obtenu les félicitations du jury pour son travail est admise au rang de maître de conférence B

DESM* Diplômes d'études spécialisées de médecine
HTA
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Le 11 oct 2017 par La Presse Médicale

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