La Presse Médicale : Quels sont les thèmes abordés lors des journées du Centre anti-cancer (CAC) qui se tiennent à Annaba les 7 et 8 janvier 2017 ?
Pr Hanane Djedi : Il s’agit des 2es journées du CAC d’Annaba qui s’articulent autour de l’axe 4 du Plan national cancer et essentiellement sur les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) et tout ce qui peut optimiser la qualité des soins en cancérologie. Egalement, nous avons mis en place deux ateliers destinés aux médecins, paramédicaux et psychologues ; le premier est relatif aux soins ambulatoires en cancérologie, c’est-à-dire les traitements peros et la prise en charge du patient à domicile, et passer ainsi en revue les expériences nationales dans ce domaine, et le deuxième atelier traite un volet très important dont on ne parle pas assez, celui relatif à la qualité de vie des patients et du personnel soignant, parce qu’on assiste souvent à l’«usure » de ce dernier qui est exposé aux rayonnements et aux cytotoxiques, et voir quels sont les moyens de protection et les meilleures conditions de préparation de la chimiothérapie à mettre à la disposition de ces personnels pour préserver leur santé.
 
Quel est l’objectif recherché ?
Etant donné que les expériences diffèrent d’une région à une autre, et que chacun travaille d’une manière différente de l’autre, nous avons invité à nos journées scientifiques beaucoup de conférenciers qui sont venus de tout le territoire national et de l’étranger pour écouter leurs points de vue concernant les RCP et le but recherché justement, c’est de partager toutes ces expériences et sortir avec des recommandations. En plus, ce qu’il y a d’intéressent - et c’est ce que nous avons remarqué - c’est qu’il y a une volonté de travailler en groupe afin de concrétiser ces RCP. En ce sens, il serait judicieux, voire impératif, de décloisonner les activités individuelles et œuvrer en synergie pour un meilleur résultat.
 
Justement, pourquoi n’arrive-t-on pas à travailler dans le cadre de la RCP, malgré les bonnes volontés exprimées ici et là ?
C’est à cause des défaillances et des difficultés rencontrées pour la tenue des RCP. Ce qui a été exprimé par tous les participants à travers les communications et les discussions, c’est que, faute d’une obligation légale, souvent, il manquait un ou plusieurs spécialistes à ces réunions, alors que la présence de chacun est aussi importante que celle de l’autre pour la prise en charge du patient atteint du cancer, et cela est valable même pour les RCP qui fonctionnaient déjà depuis plusieurs années. Il faut donc mettre en place une loi pour obliger tous les praticiens en charge du cancer à participer aux RCP.
 
A quels résultats vous attendez- vous ?
Nous avons convié à ces journées le Pr Messaoud Zitouni, coordinateur du Plan national cancer pour écouter les experts nationaux et étrangers. A la fin de nos journées, nous allons faire une synthèse de toutes les expériences et établir des recommandations en tenant compte des moyens disponibles en Algérie, et en l’occurrence, en s’inspirant des expériences locales, mais surtout de celles des Français qui sont bien avancés dans ce domaine.
 
Y a-t-il des RCP au niveau du CAC d’Annaba ?
Au niveau du CAC d’Annaba, nous avons une seule RCP relative au cancer du sein qui existe depuis juillet 2015 et qui est toujours fonctionnelle malgré quelques défaillances à l’instar des RCP des autres établissements ; mais le fait que notre RCP fonctionne depuis plus d’une année et se tienne régulièrement avec un quorum minimum, nous sommes fiers de notre action.
 
Quels sont les spécialistes qui participent à cette RCP ?
Il y a la présence constante du gynécologue, de l’anatomopathologiste, de l’oncologue, du radiothérapeute et de l’imageur.
 
Est-ce que cette RCP vous a permis d’améliorer la prise en charge des patientes atteintes du cancer du sein ?
Tout à fait ; on gagne en qualité des soins et en célérité ; cela d’ailleurs est constaté, puisque à partir du moment où le dossier est présenté en RCP, la patiente est mise directement dans le circuit de la prise en charge thérapeutique, ce qui lui permet d’éviter un long parcours et beaucoup de souffrances car auparavant, on travaillait avec la méthode dite du «courrier» par lequel la patiente, déjà fragilisée par la maladie, était adressée aux différents spécialistes, et donc traînait de médecin en médecin pour obtenir un RDV en chirurgie ou en radiothérapie etc. Maintenant, la RCP est devenue un réflexe et une nécessité, et les choses s’améliorent parce que tout est décrit lors de la RCP, et la patiente sait à l’avance combien de cures de chimiothérapie elle va recevoir, quand elle sera opérée, quand elle aura les séances de radiothérapie ainsi que les différentes évaluations, etc. Donc, il y a vraiment un plus apporté par ces RCP qui optimisent la qualité de la prise en charge et facilitent le parcours des patientes.
 
Le médecin généraliste participe-t-il à la RCP ?
Non seulement le médecin généraliste est inclus, mais en plus nous avons impliqué toute la cellule d’accueil du CAC d’Annaba dans notre RCP, ce qui est en soi une particularité. Notre consœur médecin généraliste est vraiment impliquée dans la prise en charge du patient cancéreux et nous aide par le biais de la cellule d’accueil, puisque c’est elle qui assure la traçabilité des RCP et veille à la prise des rendez-vous de radiologie et des bilans biologiques etc. Donc, on ne peut faire une prise en charge du cancer sans l’implication du médecin généraliste.
 
Pensez-vous que d’autres RCP vont voir le jour au niveau de votre CAC ?
Effectivement, le 22 janvier 2107 verra l’installation de la RCP d’onco-digestive; nous avons tenu déjà la réunion préparatoire et réalisé la fiche RCP et d’autres suivront certainement pour les cancers ORL et urologiques.
 
Avez-vous tous les moyens pour la prise en charge des patients et est-ce que vous avez des ruptures de médicaments ?
Il y a des ruptures en matière de médicaments, mais elles sont passagères. Honnêtement, il y a une nette amélioration parce qu’on fait mieux nos prévisions et on gère mieux la prise en charge du nombre de malades, surtout avec l’ouverture des nouvelles unités de soins dans les willayas limitrophes qui allègent les structures locales. Cependant, beaucoup reste à faire surtout en matière de médecine nucléaire et le développement de la radiothérapie pour la prise en charge d’autres localisations, car pour l’instant, ne sont pris en charge que les cancers du sein, du pelvis et les tumeurs cérébrales ; il reste donc à prendre en charge ceux du poumon et de la sphère ORL.
 
Le CAC de Annaba assure la prise en charge de toute la région de l’Est du pays ; cela évitera donc aux personnes atteintes de cancer d’aller se soigner dans les pays limitrophes comme la Tunisie ?
Oui, assurément, d’autant plus que je participe au jumelage avec la willaya de Tébessa où l’on assure des consultations mensuelles ; de ce fait, nous sommes en train de récupérer les patients qui ont entamé leurs soins dans ce pays voisin et qui n’ont plus les moyens financiers pour continuer leur prise en charge là-bas et souhaitent donc revenir au pays. Ces patients sont vraiment contents en raison de la qualité de la prise en charge dans nos structures et des traitements qui coûtent cher, comme par exemple les thérapies ciblées fort onéreuses en Tunisie, alors qu’elles sont dispensées à titre gracieux en Algérie. Nous voyons vraiment la joie qui se lit sur les visages de ces patients lorsqu’ils se présentent de nouveau à nous.
 
En conséquence, les progrès en matière de prise en charge de par l’instauration des RCP sont incontestables. C’est donc un appel que vous lancez pour que ces patients se fassent soigner dans notre pays ?
Tout à fait, les choses commencent à changer grâce au rôle que joue la cellule d’accueil de notre CAC. Les patients partaient se faire soigner ailleurs en raison d’une certaine facilité dans l’accès au diagnostic et aux soins, ce qu’ils ne trouvaient pas systématiquement par le passé dans leur propre pays ; par exemple, à Tébessa, il n’y avait pas d’anatomopathologistes, ce qui poussait les patients à se rendre en Tunisie pour faire une biopsie; mais dorénavant, si les malades trouvent l’accueil et l’orientation qu’il faut, surtout avec le démarrage des RCP, les gens vont être motivés à se faire soigner chez eux et personne ne partira ailleurs parce que l’Etat a mis à disposition les structures, les moyens humains et matériels comme les équipements et les médicaments pour offrir la meilleure prise en charge possible qui est équivalente à celle des pays occidentaux et des Etats-Unis, en plus gratuitement.
 
RCP
0 Commentaires
Le 17 juil 2017 par Dr A. Salah Laouar

Lire aussi...