Presse Médicale : Comment définissez-vous le stress ?
Pr Farès Asselah : Le stress est une réaction physiologique et psychologique de l’individu face à une menace ou à une agression à laquelle le sujet doit être amené à s’adapter. Cette adaptation peut passer par une phase d’alarme, de résistance et d’épuisement. En d’autres termes le stress est une réponse de l'organisme aux facteurs d'agressions physiologiques et psychologiques ainsi qu'aux émotions qui nécessitent une adaptation. Le stress est à distinguer de l’agent stressant (agent qui le produit), les agents stressants ou nocifs sont : le froid, la chaleur, la fatigue, les agents toxiques ou infectieux, les rayons solaires, le choc opératoire, les traumatismes, les brûlures, les hémorragies, le jeûne, l’auto intoxication, les exercices musculaires exagérés, la peur, la colère. N’importe quel agent stressant produit la réaction.
 
Comment réagit-on au stress ?
Il faut savoir qu’il y a le bon et le mauvais stress. Le bon stress est un état positif quand il pousse les gens à plus de créativité et productivité ou à la recherche de solutions en rassemblant toutes leurs ressources ; le mauvais stress par contre peut s’installer de façon durable dont les conséquences sur le corps sont des plus néfastes. Le stress nous met dans un état d’alerte d’hypervigilance, c'est-à-dire que face à un danger on est amené à réagir vite, à avoir un comportement adapté. On parle de réaction adaptative, lorsque le stress élève le niveau d’éveil, exacerbe la capacité de jugement, la faculté d’anticiper et de raisonner et enfin d’élaborer une solution. Dans le cas où cette réaction de stress est dépassée, on assiste alors à une décharge émotionnelle intense entrainant des réactions d’inhibition dans le sens où on observe des sujets stupéfaits, sidérés ou à l’inverse de l’agitation stérile, l’individu est en proie à la terreur, court en tous sens, frappe sauvagement autrui pour se frayer un chemin ou se jette dans le vide et enfin, on peut voir une réaction de stress différé dans le cas des sauveteurs.
 
Quelles sont les conséquences sur l’organisme ?
La réaction au stress va entrainer la production et libération de médiateurs chimiques, d’hormones telles que l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol pour nous permettre de nous adapter à la situation. Les catécholamines (l’adrénaline, la noradrénaline) sont responsables des réponses immédiates à l’agression : accélération de la fréquence cardiaque (tachycardie), élévation de la pression artérielle, redistribution du sang des territoires viscéraux vers le muscle et le cerveau, augmentation du diamètre pupillaire, broncho-dilatation, accroissement de la thermogénèse, hyperglycémie. Les glucocorticoïdes (cortisol) viennent relayer et amplifier l’action des catécholamines, principalement au niveau énergétique en favorisant la production de sucre à partir de sources non glucidiques. Donc, les systèmes de défense mis en jeu par le stress sont bénéfiques à court terme. L’adrénaline, les glucocorticoïdes permettent de faire face à une demande urgente. Cependant, il y a un danger lorsque le stress perdure et persiste dans le temps, dans ce cas il devient permanent ; il peut y avoir des conséquences dramatiques, pourquoi ? Parce que l’élévation prolongée de l’adrénaline et la noradrénaline et le cortisol favorisent l’athérogenèse, l’hypertension artérielle et le diabète. De même la répétition des poussées tensionnelles, survenues à l’occasion des stress mineurs mais quotidiens ou pluriquotidiens, à la longue facilitent l’apparition d’une HTA permanente, créent un état inflammatoire chronique favorisant l’athérogenèse avec des complications qui peuvent aller jusqu’au spasme coronarien, voire un infarctus du myocarde.
 
Quelle est la population sujette au stress ?
Tout individu est soumis à un stress quotidien et chacun réagit différemment. Le stress est susceptible d'affecter n'importe quel sujet dans la société quel que soit son âge, néanmoins il y a des professions qui fragilisent davantage l’individu : le corps des enseignants, celui des pompiers, les médecins en général, la population vivant dans la précarité…
La population potentiellement à risque de présenter une pathologie cardiovasculaire ou celle ayant une pathologie chronique. Prenons l’exemple d’un sujet ayant des facteurs de risques (eux-mêmes sont des agents stressants). Il est tabagique, il est hypertendu, il a un syndrome métabolique (c'est-à-dire une obésité abdominale plus hypertriglycéridémies et hypercholestérolémies) surajoutées à tous ces agents, le stress de la vie quotidienne de l’environnement, qui va aggraver le terrain du patient déjà fragilisé par la maladie. Cette sommation de facteurs de stress peut être à l’origine d’un infarctus du myocarde ou des cardiopathies ischémiques. Une particularité de stress aigu, face à un choc émotionnel intense - qui est très, très éprouvant - peut entraîner une mort subite. Cette mort subite intervient à la suite d’un orage cathécholaminergique (conséquences vasculaires et biologiques) c'est-à-dire qu’il va y avoir une surproduction d’adrénaline et noradrénaline menant à un spasme coronarien et une arythmie cardiaque.
 
Quels sont vos conseils pour ces personnes ?
L’important est de connaitre ses limites et de savoir repérer les manifestations psychophysiologiques du stress pour protéger sa santé et de pouvoir identifier la source du stress c'est-à-dire les agents stressants afin de les éliminer. Avoir une bonne hygiène de vie, une bonne qualité de sommeil et lorsqu’on est soumis à un stress il faut savoir s’en extraire pour faire une autre activité, c'est-à-dire faire du sport. L’activité physique régulière permet de se libérer des tensions musculaires, de penser à autre chose et d’éviter les ruminations. On ne parvient pas toujours à éviter les situations stressantes, pour cela, apprendre à se détendre est une évidence, mais parfois difficile à tenir ; il y a des méthodes de gestions de stress entre autres pratiquer la relaxation qui permet de gérer le stress en lui-même, qui est facilement utilisable au quotidien et des techniques de respiration.
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Le 15 juil 2017 par A.S.L.

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