Les chantiers informatiques de la protection sociale et des structures professionnelles de la santé s’ouvrent à un rythme accéléré : les nouveaux hôpitaux en réseau, les réseaux sociaux de la santé, les réseaux de télémédecine, la Mobile Health les objets et tissus connectés, les big et open data etc., ce sont des grands chantiers.
Cela devient paradoxalement délicat compte tenu de la “rareté ” des maîtrises d’œuvres industrielles, de l’émergence fragile de start-up, et de la quasi-absence de règles d’évaluation et de certification.
En même temps que ces chantiers informatiques s’ouvrent, ils révèlent des questions de société dont l’ampleur dépasse leurs définitions techniques. On observe aujourd’hui que les institutions gérant les flux de l’information (administrations, organisations professionnelles) se trouvent submergées par des exploitations “externes” de ces flux. Dans le même temps, les questions soulevées par l’informatisation des dossiers médicaux sont loin d’être complètement résolues, notamment en ce qui concerne la gestion des accès et le respect de la confidentialité des données médicales du patient dont l’établissement hospitalier et le médecin traitant en sont totalement responsables.
Plus ces chantiers avancent et se multiplient, plus les risques d’échec de chacun d’eux et des graves conséquences de leurs échecs répétés, apparaissent. Imaginons par exemple ce que produirait les échecs concomitants du réseau d’infrastructure numérique national santé social, des grands chantiers hospitaliers en cours, du programme d’informatisation des systèmes d’information des établissements de santé, la non-maitrise qualitative de l’internet santé. Au delà des investissements perdus, ces échecs laisseraient un vide qui serait mal comblé par des importations barbares nous faisant renoncer à toute idée de système de santé local adapté.
Pour réussir un grand chantier informatique en santé, il y faut bien évidemment des institutionnels et des gestionnaires expérimentés, mais aussi des ingénieurs pouvant projeter des représentations technologiques de ce chantier à la fois dans sa gestion et pour les industries qui y participent, des praticiens pouvant inscrire leurs pratiques dans la gestion du chantier et alimenter ces représentations technologiques. C’est par les réseaux/filières de prise en charge de santé que les nouvelles technologies informatiques et électroniques de communication, d’information et de formations vont s’intégrer à la santé.
 
Ce travail méthodologique s’inscrit dans un objectif plus global d’étude de la gestion des risques en santé.
En effet, la seule procédure administrative d’accréditation ne semble pas garantir qu’un grave accident non aléatoire ne se produise dans un établissement accrédité, ce qui serait très négatif non seulement pour l’établissement mais aussi pour la crédibilité de l’accréditation. La certification ISO 9000 ne semble pas non plus suffisante pour répondre à la question de la gestion des risques en santé.
Une approche commune de la qualité : Les risques des chantiers de la santé et la problématique du droit de l’information éclairent les technologies de santé.
 
Des exigences relatives aux logiciels :
La part des logiciels est très importante dans les réseaux de santé, et, paradoxalement, ils peuvent en être le point faible. Compte tenu de leur importance stratégique, ces logiciels vont devoir forcément et intrinsèquement répondre à des exigences de qualité, de sécurité et de sûreté de fonctionnement pour garantir les pratiques de soins, la pérennité des structures de santé, la confiance envers les industriels producteurs de ces logiciels.
Les techniques, méthodes et moyens déjà appliqués à l’avionique, aux transports, etc. doivent être adaptés et intégrés à la santé. Très rapidement, ils vont favoriser l’organisation des rapports entre maîtrise d’ouvrage et maîtrises d’œuvres en clarifiant les rôles et les demandes, et à moyen terme limiter les charges et les conséquences médicales, socio-économiques, humaines des dysfonctionnements informatiques.
 
Une démarche de sûreté de fonctionnement des logiciels dès leur conception :
Il s'agit de concevoir des logiciels en se préoccupant principalement de la fiabilité du logiciel, de la disponibilité du système le supportant dans le respect de la sécurité des personnes et des biens qu'il permet de gérer.
Les exigences de sûreté de fonctionnement portent notamment sur la fiabilité, la maintenabilité, la disponibilité, la sécurité et l’interopérabilité. Elles s'expriment au niveau du système puis doivent être répercutées de façon appropriée sur chaque constituant matériel et logiciel d'un système.
En somme, une démarche de sûreté de fonctionnement des logiciels doit être intégrer dès leur conception : Il s'agit de concevoir des logiciels en se préoccupant principalement de la fiabilité du logiciel, de la disponibilité du système le supportant dans le respect de la sécurité des personnes et des biens qu'il permet de gérer.
 
Des exigences relatives aux organisations, aux hommes et leur environnement :
Il ne faut pas confondre ou assimiler sûreté de fonctionnement du logiciel et sécurité informatique (qui elle, s'attache essentiellement à préserver l'intégrité des données portées par un système d'information (concept DICA), ou Sûreté de fonctionnement du logiciel et continuité de service (concept RMT).
 
La maîtrise des coûts est une obligation technique et éthique compte tenu de le nécessaire allocation optimale des ressources vers les soins de santé :
Les données chiffrées des coûts de détection et de correction des défauts d'un logiciel vont de 1 (lors de la conception) à 1 000 (lors de l’exploitation). Exprimer au plus tôt les propriétés de sûreté de fonctionnement que doit avoir un logiciel, effectuer durant sa fabrication les contrôles adéquats permettant de prouver que ces exigences ont été bien raffinées et appliquées, permet de garantir non seulement que le logiciel sera fiable, disponible, maintenable et qu'il respecte les standards internationaux en matière d’interopérabilité, d’évolutivité et de la sécurité, mais aussi que son coût et sa durée de fabrication seront maîtrisés.
 
La certification à prévoir :
Cette évolution a été caractérisée par la création par les grands états industriels, d'autorités de sûreté aptes à contrôler les systèmes industriels (trains, aéronefs, centrales énergétiques, etc.) à des fins de certification préalable à leur mise en service. En France, les domaines qui intègrent du logiciel dans leurs systèmes disposent aujourd'hui d'autorités de sûreté.
L’étude de grands chantiers technologiques qui présentent des complexités équivalentes (réseaux de transport, aéroports, opérateur télécom, centrale énergétique, centres commerciaux, etc.), permet d’élaborer des représentations technologiques de ces chantiers, d’esquisser des procédés adaptés de gestion macroéconomique et microéconomiques des chantiers par la qualité, de former les entreprises aux spécificités de la santé.
 
Conclusion :
Cette contribution intéresse directement les décideurs politiques et les cadres de niveau stratégique (locaux, régionaux, nationaux) et les responsables en charge de la gestion des chantiers innovants en santé. C’est par la santé que l’on va pouvoir initier le plus complètement possible cette politique de gestion par la qualité, et réussir les grands chantiers technologiques avec les praticiens, les ingénieurs et les industries.