ÉDITORIAL
Le jeûne du Ramadan est l’un des cinq piliers de l'Islam, et constitue un rite sacré dans le monde musulman. Bien que le texte coranique autorise à ne pas jeûner dans certaines situations exceptionnelles comme la maladie, beaucoup de patients jeûnent malgré le risque que peut représenter le jeûne pour leur santé, menaçant parfois le pronostic vital. Ceci est dû probablement au manque d'information et à la crainte du regard de la société.
On sait que la période du jeûne pendant le Ramadan s'accompagne d'un changement du mode de vie avec notamment une alimentation riche en sucres rapides et en graisses ainsi qu'une perturbation du cycle du sommeil. Ces conditions sont délétères pour le patient diabétique. Les risques liés au jeûne sont variables selon le type du diabète, l’existence de complications chroniques, la thérapeutique et les particularités de chaque patient. Ainsi l'observance du jeûne peut être cause de complications métaboliques aiguës comme l'hypoglycémie, l'hyperglycémie et l’acidocétose. De plus, il existe un risque de déshydratation, d'autant que le Ramadan se déroule actuellement en été avec des durées de jeûne allant jusqu'à 18 heures par grande chaleur.
Les praticiens, avec l’aide des hommes de culte, ne doivent pas se lasser d'expliquer au patient et à son entourage que le jeûne, particulièrement chez le diabétique de type 1 déséquilibré, le diabétique de type 2 compliqué, la femme diabétique enceinte ou allaitante, est associé à des risques multiples. Notre religion offre des alternatives compensatrices au jeûne comme « nourrir un pauvre » (Sourate El-Bakarah, verset 184).
Au final, le jeûne est une question spirituelle dont la réponse en dernier ressort revient au patient idéalement préparé, éduqué et conseillé par des enseignements religieux et médicaux.
Pour aider les praticiens dans la prise en charge des patients diabétiques qui insistent pour accomplir le jeûne durant le Ramadan, au détriment souvent de leur santé, les auteurs de ce numéro hors série proposent des recommandations pratiques inspirées des consensus d’experts internationaux publiés récemment.
 
Z. Arbouche
Présidente de la Société Algérienne de Diabétologie

Avant propos

Ce travail est inspiré de deux principales références portant sur les recommandations de la prise en charge des diabétiques durant le Ramadan publiées en 2005 et mises à jour en 2010 dans la revue «Diabetes Care».
1. Al-Arouj M, et al. Recommendations for management of diabetes during Ramadan. Diabetes Care 2005;28:2305–2311
2. Al-Arouj M, et al. Recommendations for management of diabetes during Ramadan: Update 2010. Diabetes Care 2010;33:1895–1902
 

Note de l’éditeur

L’obstination de jeûner durant le ramadan est une décision importante que le patient diabétique prendra à la lumière des recommandations des exemptions religieuses et après évaluation minutieuse des risques potentiels du jeûne en consultation avec le médecin traitant. Les patients qui insistent pour faire le Ramadan doivent être informés des risques qu’ils encourent et prêts à adhérer aux conseils de leurs médecins pour diminuer ces risques.
Après avoir expliqué au patient diabétique tous les risques du jeûne particulièrement les patients sous insuline. Le médecin doit accompagner et respecter la décision de son patient qui a opté de jeûner, et doit tenir compte de la dimension spirituelle que procure le jeûne au patient, en lui prodiguant les conseils appropriés.
Les patients avec un diabète de type 1 qui font des hypoglycémies récurrentes ou qui sont inconscients du risque d’hypoglycémie ou qui sont mal équilibrés, et ceux qui ne peuvent pas surveiller leurs glycémies durant la journée, sont à risque très élevé de développer une hypoglycémie sévère. On doit fortement conseiller à ces catégories de patients de ne pas jeûner durant le Ramadan. Les patients avec un diabète de type 2, particulièrement ceux qui sont sous insulines ou sulfamides hypoglycémiants, ont aussi un risque d’hypoglycémie même s’il est relativement moins fréquent et moins sévère. Ils nécessitent une surveillance glycémique renforcée.
Les patients qui décident de jeûner doivent subir une évaluation avant le Ramadan et recevoir une éducation particulière et des instructions spécifiques. La prise en charge doit être individualisée. Un suivi strict est essentiel pour réduire le risque de complications.
Le jeûne doit être rompu en cas de survenue de signes d’hypoglycémie et si la glycémie est inférieure. 0,7 g/L durant les premières heures après l’IMSAK.
L’espoir reste dans les nouveaux médicaments qui ont un risque amoindri d’hypoglycémie et peuvent avoir des avantages spécifiques durant le Ramadan.
 
Dr Abdelhamid SALAH LAOUAR
 
Diabète et Ramadan
Auteur:
Lounici Ali
Catégorie: Editeur:
Le Fascicule de la Santé
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