La Presse Médicale : Quelle est l’importance de mettre en place une RCP pour la prise en charge des tumeurs ORL ?
Pr Jean-Louis Lefebvre : D’une façon générale, l’approche pluridisciplinaire est plus importante en cancérologie, et elle l’est encore plus pour les tumeurs de la tête et du cou, parce que c’est une région qui est toujours visible, et l’évolution d’une tumeur et les séquelles des traitements sont visibles. C’est une région qui a une importance fonctionnelle et donc, tout ce qui va impacter la fonction de cette région va impacter la qualité de vie du patient ; partant de là, il faut avoir ce qu’on appelle l’index thérapeutique, c'est-à-dire un équilibre entre les effets du traitement et ses effets secondaires, qui soit bien mesuré. Au fil du temps, on a de plus en plus d’options thérapeutiques ; au départ, on avait la chirurgie, ensuite la radiothérapie, maintenant la chimiothérapie et les thérapies biogénétiques, et aujourd’hui, il est impossible de dire qu’il y a une un traitement de choix, mais qu’on a plutôt un choix de traitements. Donc, avoir plusieurs possibilités de traitements rend la situation tellement compliquée, que ce soit pour guérir le patient  que pour minimiser les effets secondaires et les séquelles des traitements ; d’où la difficulté de choisir dans cet arsenal le meilleur traitement pour un patient donné, qui ne sera pas forcément le même pour un patient qui a la même tumeur ; c’est justement dans cette situation que la décision pluridisciplinaire a toute son importance, parce que dans la RCP, on va prendre en considération tous les paramètres qui concernent la tumeur, et en discuter pour voir la proposition thérapeutique qui conviendra au patient pour tenter de le guérir et lui permettre de retrouver une vie la plus semblable possible à sa vie antérieure avant sa maladie, comme continuer d’avoir une vie sociale, familiale, et éventuellement une vie professionnelle. Donc, tous ces paramètres, il faut les discuter ensemble.
 
La mise en place de référentiels est-elle une étape obligatoire avant la mise en place d’une RCP ?
Bien sûr, il faut avoir des référentiels avec des stratégies de traitements qui sont validées. Les stratégies de traitement pour les tumeurs de la tête et du cou sont connues : il y a la chirurgie avec la radiothérapie post-opératoire ou la radiothérapie-chimiothérapie post-opératoire, la radiothérapie seule, la radiothérapie-chimiothérapie avant et pendant ; maintenant, on a les biothérapies, mais pour l’instant, la seule biothérapie validée est le cétuximab (Erbitux). Ensuite, on voit arriver d’autres traitements biologiques comme l’immunothérapie qui est pour l’instant à l’état de recherche. Donc, on va se retrouver avec beaucoup d’options qui doivent être validées et mises dans un référentiel avec description du traitement et son application, c'est-à-dire que le protocole thérapeutique doit être écrit, constituant ainsi un annuaire validé. Quand on voit le patient, on trouvera dans cet annuaire le traitement qui lui est le mieux adapté. La décision sera collégiale, sans suprématie d’une discipline sur une autre. La seule discipline sera donc la collégialité.
 
Qui doit participer à une RCP ORL ?
Dans une RCP ORL, trois spécialités sont nécessaires : l’ORL, l’oncologue radiothérapeute et l’oncologue médical, avec si possible le radiologue, sinon un compte rendu bien détaillé parce que maintenant, on a une radiologie très précise. Le radiologue peut parfois intervenir et dire qu’un patient n’est pas opérable. Mais de toute façon, il faut que lors de la RCP, on ait l’imagerie pour voir ce qu’a dit le radiologue. Avant l’intervention, il faut l’avis de l’interniste et de l’anesthésiste pour savoir si on peut endormir le malade et ce qu’il peut supporter comme traitements. La place du médecin généraliste est très importante, surtout lorsqu’il travaille à l’hôpital et qu’il a l’habitude de travailler avec l’équipe ORL. Le rôle du médecin généraliste est très important parce qu’il explique l’aspect non cancéreux du malade comme les problèmes cardiaques, rénaux etc. Dans les cas difficiles, on demande quelquefois aussi à l’assistante sociale ou au psychologue de voir jusqu’où le patient était capable d’aller et de supporter.
 
Quelle est la fréquence de la tenue des RCP ?
En France, la RCP est obligatoire de par la loi, donc en général, dans les hôpitaux ou dans les cliniques, il y a une RCP par semaine ou tous les 15 jours en fonction de la logistique. Dans un hôpital, c’est plus facile à organiser que dans les cliniques privées.
 
Est-ce que les RCP ont amélioré les résultats ?
En France, on n’a pas encore d’évaluation, mais des études ont été faites, publiées et validées, qui ont démontré que les patients à tumeurs identiques qui ont eu des traitements décidés par une RCP avaient eu une meilleure survie et un meilleur contrôle que les patients traités hors RCP. Il est évident que dans le cadre d’une RCP, on prescrit des traitements sur mesure qu’on a choisis dans l’annuaire, ce qui donne au patient de meilleures chances de guérison qu’avec la prise d’un traitement standard, même s’il est validé.
 
Pensez-vous que les choses ont changé quant à la prise en charge des cancers ORL ?
Les choses ont changé parce que les médecins sont mieux informés. Il est vrai que les signes d’appels des cancers ORL sont trompeurs : ils peuvent se présenter comme une banale angine, ou comme une laryngite ou une otite. Mais, grâce à la multiplication des campagnes de sensibilisation des médecins et à l’enseignement postuniversitaire de ces signes d’appels, on a beaucoup moins d’erreurs de diagnostic. Aussi, les traitements sont-ils de plus en plus efficaces et on arrive à mieux cibler le patient. Donc, on fait des progrès, y compris sur les patients qui récidivent.
 
RCP
ORL
0 Commentaires
Le 17 juil 2017 par A.S.L.

Lire aussi...