La vaccination anti-HPV fait partie des armes thérapeutiques contre le cancer du col de l’utérus. Depuis sa mise au point, le vaccin anti-HPV est entouré de différentes polémiques sur l’âge de la vaccination, son efficacité, ses effets secondaires, etc.

A ce propos, le Pr G. Legendre, gynécologue au CHU d’Angers, a rapporté que «depuis le 20 avril 2015, la vaccination anti-HPV en France est recommandée pour toutes les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, et dans le cadre du rattrapage, pour celle de 15 à 19 ans révolus». Il a rappelé aussi l’importance du frottis cervico-vaginal dans le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus selon les recommandations en vigueur car le vaccin ne se substitue pas à ce dernier. Il est également revenu sur l’efficacité de la vaccination en «vie réelle» et il est encore trop tôt pour mesurer le bénéfice de cette vaccination sur l’incidence du cancer du col de l’utérus, mais d’autres marqueurs plus précoces peuvent être utilisés et qui nous permettent d’étudier l’impact de la vaccination. Plusieurs études ainsi faites (américaine, danoise, australienne…) montrent qu’après 5 à 10 années de vaccination, il a été constaté des réductions de 90% des infections par les HPV 6, 11, 16 et 18, de 90% des verrues génitales, de 45% des anomalies cytologiques cervicales de bas grade et de 85% des anomalies histologiques de haut grade.

Le Pr G. Legendre a fait le point aussi sur la tolérance vaccinale qu’il qualifie d’excellente compte tenu des nombreuses études cliniques réalisées sur le profil de tolérance des vaccins anti-HPV, ayant inclus plusieurs dizaines de milliers de sujets et menées par des agences de médicament telles que l’ANSM ou l’EMA, et qui montrent que la vaccination anti-HPV n’entraîne pas une augmentation du risque global de survenue de maladies auto-immunes.

Le Dr M.A. Dommergues, pédiatre au Centre hospitalier de Versailles, a également relaté les différentes études faites dans le cadre de la tolérance des vaccins anti-HPV et qu’il n’existe pas de lien direct entre la vaccination anti-HPV et les maladies auto-immunes, «les effets indésirables les plus fréquemment observés ayant été des réactions au site d’injection et des céphalées. Après la mise sur le marché, la surveillance des vaccins anti-HPV s’est poursuivie en population, sur des millions de personnes et permet aujourd’hui d’avoir un recul suffisant pour mettre en évidence d’éventuels signaux de pharmacovigilance, y compris pour les maladies très rares. Le bon profil de tolérance de ces vaccins a été confirmé par l’Agence Nationale de Sécurité du médicament, par le Comité pour l’évolution des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments et par l’OMS». Ainsi, toutes les données actuelles de pharmacovigilance, 10 ans après la commercialisation des vaccins anti-HPV, ne mettent pas en évidence d’effets indésirables graves.

Le Dr Dommergues a aussi évoqué l’importance de «désexualiser» la vaccination anti-HPV, après la baisse de l’âge de la vaccination de 14 ans à 11 ans ; ceci permettra de la positionner lors d’un rendez-vous vaccinal existant (rappel DT-polio-coqueluche), ce qui pourrait permettre de passer vers une vaccination de routine, et favoriser une bonne couverture vaccinale qui permette une protection indirecte des sujets non vaccinés.

En effet, les infections par le HPV sont des infections sexuellement transmissibles : les hommes et les femmes contribuent à cette transmission. Les maladies associées aux HPV à tropisme muqueux concernent particulièrement les femmes (cancer du col de l’utérus, cancers de la vulve et du vagin), mais d’autres cancers, notamment au niveau des VADS et de l’anus, ainsi que les verrues génitales et anales sont partagés par les deux sexes. Compte tenu de cela, vacciner les garçons paraît intéressant, vu les bénéfices directs attendus et l’absence de programme de dépistage de ces maladies. La vaccination anti-HPV mixte est d’ores et déjà recommandée au Canada, aux Etats-Unis, en Australie et en Autriche.

Concernant l’âge idéal de la vaccination, l’efficacité vaccinale est d’autant plus importante que les filles sont vaccinées jeunes, avant le début de l’activité sexuelle, une vaccination avant l’âge de 14 ans étant plus immunogène et permettant la pratique d’un schéma à 2 doses à 6 mois d’intervalle.

Le Dr L. Abramowitz, gastro-entérologue au CHU Bichat, Paris, revient sur les prévalences importantes des infections anales induites par le virus HPV ; l’anus serait ainsi un réservoir privilégié, et toutes les études menées chez les femmes ont rapporté des infections plus importantes au niveau de l’anus que du col utérin.

Cette infection peut être asymptomatique ou se manifester par des condylomes visibles à l’œil nu, et l’histologie déterminera le degré de dysplasie et donc la prise en charge. La population la plus à risque étant celle infectée par le VIH, et qui doit bénéficier d’un dépistage proctologique.

Le traitement des condylomes, quel que soit le degré de dysplasie, est responsable de douleur, d’un retentissement social important et d’une altération majeure de la qualité de vie. La vaccination anti-HPV pour les filles et les garçons semble être la solution la plus pertinente pour toucher l’ensemble de la population. Une mise en œuvre efficace peut laisser espérer une diminution très importante de la mortalité et de la morbidité des cancers anaux, génitaux, ORL, et de la morbidité secondaire liée aux différents traitements des lésions.

A cet effet aussi, le Dr J. Lacau Saint-Guily, ORL à l’hôpital Tenon, Paris, a rapporté le rôle du HPV dans les cancers oropharyngés, qui sont certainement étroitement liés au tabac, et depuis 4 décennies, on assiste à une augmentation progressive de la proportion des tumeurs ORL associées à l’HPV. La prévention reste l’outil majeur pour ces cancers aux sévères complications vitales et fonctionnelles. Pour les carcinomes oropharyngés HPV+, la vaccination est susceptible de réduire de façon importante les infections précoces par les HPV, acquises le plus souvent au cours des premiers rapports sexuels, facteur carcinogène direct des carcinomes HPV+.

Les hommes comme les femmes sont concernés ; les uns et les autres doivent pouvoir bénéficier de la prévention primaire de ces cancers apportée par la vaccination anti-HPV.